A propos de la bombe nucléaire de l’Iran ; Esquisse d’une théorie générale de l’inconsient religieux du cerveau des démocraties


Le Général de Gaulle usait souvent de l’expression: « Tout est simple et clair ». Ce qui se révèle le plus simple et le plus clair aujourd’hui, c’est que l’empire américain est nécessairement illégitime et qu’il ne pourra jamais se fonder sur le droit international public précisément pour la raison la plus évidente du monde, à savoir que les principes démocratiques proclament la souveraineté des Etats et la liberté entière des peuples à disposer d’eux-mêmes sur le théâtre du monde. Aucune nation démocratique n’est autorisée à engranger les bénéfices d’une guerre victorieuse, même si son trophée est mondial. C’est cela que toute la décolonisation a entériné.

Mais si l’existence même d’un empire américain qui étend désormais sa puissance militaire à toute la terre habitée et qui enserre notre astéroïde dans le réseau omniprésent de ses garnisons, si cette réalité, dis-je est étrangère au jus gentium actuel, qu’appartenait-il à la France seule d’entreprendre? Comme aucune nation ne peut aller camper de ce pas sur une autre planète, le Général de Gaulle a choisi la solution la plus cartésienne, celle qui, selon le Discours de la méthode, n’est autre que la voix du bon sens. La nation de 1789 avait le devoir de donner au monde un exemple mémorable de l’exemplarité de sa destinée. Pour cela il lui suffisait de rester fièrement debout sur son pré carré et d’entretenir avec l’empire triomphant des relations de souverain à souverain ; et dût cet exploit durer un siècle entier, quelle victoire que d’écrire la vraie histoire du monde, celle de vivre avec soi-même, le secum vivere des Romains!

Pourquoi avons-nous fini par nous ranger sous le sceptre et la tiare de l’empire américain à l’heure même de l’agonie de sa puissance, pourquoi avons-nous oublié que les lauriers artificiels que la raison pratique s’achète sur les marchés se flétrissent bientôt , pourquoi avons-nous oublié que seule la grandeur et la droiture de l’intelligence politique des peuples leur donne une mémoire?

Et pourtant, nous ne figurons pas encore parmi les peuples rangés à la queue leu leu sous le commandement de la nouvelle Rome, nous n’avons pas notre place aux côtés d’une Allemagne occupée par deux cents puissantes places fortes de l’étranger incrustées à jamais sur son territoire, nous n’avons que faire du voisinage d’une Italie quadrillée par les cent trente sept forteresses inexpugnables de son vainqueur depuis 1944 et nous ouvrons un œil attentif sur le Japon qui commence seulement de sortir de son sommeil et qui tente vainement de retirer son garrot avec la permission de son tenace protecteur. Mais la vanité des vaincus leur fait réclamer hochets et grelots de leur vainqueur. Nous sommes flattés de ce qu’un général français vienne de se voir placé sous les ordres de notre maître à la tête de l’armée des enrubannés de l’OTAN. Non seulement notre nation n’aura pas sauvé l’honneur de l’Europe asservie, mais la postérité dira qu’elle s’est mise dans les fers d’une puissance à l’agonie, tellement l’effondrement du dollar est imminent. Même si M. Barack Obama parvenait à faire adopter à la longue la loi sur la santé qui pousse la générosité démocratique jusqu’à accorder des soins médicaux aux pauvres de son pays, il n’en aura pas moins été démontré à la face de toutes les nations que ce ne sont ni le peuple américain, ni le congrès qui font la loi en Amérique, mais de puissants groupes financiers. Le prestige de l’empire en restera irrémédiablement altéré.

Mais la défaite militaire imminente en Afghanistan et en Irak fera dévaler la vraie crise économique sur le monde, celle qui ne sera ni le fruit du nouveau gangstérisme international des banques, ni de l’étranglement du marché mondial du travail, ni de la révolte sociale sur les cinq continents, mais de la dette de cinquante mille milliards de dollars – je dis bien, cinquante mille milliards de dollars – accumulée en trois-quarts de siècle par une occupation militaire du monde trop titanesque pour qu’aucun Hercule n’ait les épaules pour la porter.

Rome est proche de s’effondrer comme un château de cartes sous le poids de mille deux-cents légions barricadées sur un astéroïde qui défie leur taille, la nouvelle Rome est proche de laisser le souvenir d’une puissance tellement éphémère qu’un siècle aura suffi à anéantir son délire, tout simplement parce que, dirait le Général, il est clair qu’un édifice qui repose sur une monnaie fictive et fantasmatique par nature. Demain, la Chine, la Russie, l’Inde, l’Amérique du Sud vont jeter dans la poussière la relique tétanisante qu’on appelait le dollar.

Nous voici ramenés à la question de fond: si les principes de la démocratie ne permettent pas de légitimer des empires, la preuve ne pourra en être apportée qu’à l’écoute des leçons d’une critique anthropologique des relations que la politique entretient avec le sacré depuis les origines parce que tout empire est théocratique et inquisitorial par nature, de sorte qu’il faut observer les deux théologies armées jusqu’aux dents que confessent les démocraties. L’une tente d’imposer sa loi sous le vêtement du nouveau Golgotha d’Israël à la Palestine, l’autre voudrait citer l’Iran à comparaître devant le tribunal de l’inquisition anti-nucléaire.

Le 28 septembre, je mettrai en ligne une psychanalyse anthropologique parallèle à celle d’aujourd’hui, car Israël voudrait imposer sa Jérusalem céleste à une Palestine rebelle à se coucher sur le divan de Jahvé. Les deux études tenteront d’éclairer des lumières d’une psychobiologie du cerveau simiohumain, l’interdiction adressée aux démocraties depuis Périclès de fonder des empires viables, mais seulement des dictatures religieuses cachées sous leurs chasubles.

Manuel de Diéguez
« avec l’autorisation de l’auteur »

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